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(…) Je suis né le 18 août 1915, à Champmillon en Charente. Je suis de la classe 35, mon service actif s’est déroulé d’octobre 1936 à octobre 1938. En mars 1939, je fus rappelé - étant disponible - pour une période de 15 jours, mais je ne fus pas libéré en prévision des évènements de l’époque, qui aboutissaient quelques mois plus tard à la déclaration de guerre. J’étais militaire ! On nous avait assuré que la guerre ne serait pas longue, « parce que nous étions les plus forts ». Animé d’un sentiment patriotique, il ne restait plus qu’à foncer ! Mon seul désir était de libérer la France et de rétablir son prestige à travers le monde… ! Je fut donc affecté au 506ème R.C.C. (Régiment de Chars et Cavalerie) à Besançon, puis envoyé en renfort au 16ème Bataillon de Chars en Alsace, pour la réelle bagarre. Après différents accrochages avec les Allemands, je fus fait prisonnier le 22 juin 1940 à Xoulxe dans les Vosges - La défaite était une catastrophe pour la France. A présent prisonnier, nous nous posions la question suivante : « Comment va t-on s’en sortir ? ». Emmené à pied sur 40 kilomètres à destination de Belfort, où nous restons enfermés pendant environ 1 mois. Ensuite, nous sommes embarqués par chemin de fer au Stalag 1A en Prusse Orientale vers Memel. Très mal nourri nous étions chaque matin dirigés sur différents travaux (arrachage des pommes de terre, nettoyer des fossés d’irrigation, ou couper de la glace sur des rivières pour la stocker en silos pour l’été) tout ça sous la garde de militaires en armes. Et puis un jour, embarquement dans un camion et direction le champ de foire, où alignés, des paysans vinrent choisir les plus aptes à travailler. C’est ainsi que, je me suis retrouvé dans une ferme avec un camarade. Cette dernière était dirigée par un SS qui conscient de sa supériorité nous menait durement la vie, allant jusqu’à gifler mon camarade. Mon camarade était chargé des vaches et moi des chevaux, chaque matin j’allais traire plusieurs quarts de lait et avec la nourriture de la ferme nous avons repris des forces. Le SS qui la dirigeait n’y connaissait absolument rien et n’écoutait nullement le propriétaire ayant environ 65 ans. Avec deux camarades de la ferme voisine nous décidons de nous évader puisque la frontière de la Lituanie était à 25 km environ.
L’enjeu était délicat, puisque les troupes allemandes commençaient à se concentrer sur la frontière russe. Pour faire une trentaine de kilomètres, nous avons mis 2 nuits ne marchant pas le jour, après avoir évité les projecteurs et les patrouilles nous nous sommes retrouvés en Russie, ou plus exactement en Lituanie, mais sous régime russe. Nous fûmes rattrapés et emmenés à Kaunas, dans les sous-sols d’une prison, nous sommes interrogés, photographiés. Chaque jour debout à 5 heures, lavabos à l’eau froide, interrogatoire sans fin avec douches glacées et nous avons fini par savoir que nous étions considérés comme espions. Nous y sommes restés jusqu’à l’entrée en guerre des Allemands. Nous avons été alors évacués sur Smolensk, même régime, avec interrogation, chaque nuit vers 3H du matin. Nous étions quarante d’en un emplacement où il ne pouvait loger que 20 personnes. Un bidon pour tous comme latrines et les interrogatoires permanents. Comme l’avance allemande allait bon train, nous subîmes une nouvelle évacuation, à 500Kms au sud de Moscou, dans le camp de concentration de Mitchourine, où se trouvaient déjà des évadés français. Le départ s’effectue en wagons cellulaires. Comme nourriture quelques morceaux de betteraves surnageant dans une louche d’eau, mais nous étions à l’air libre au milieu des barbelés et de nos gardiens. Début juillet, nouveau départ pour un autre camp situé au Nord de Moscou, par wagons à bestiaux et sous scellés et accompagnés de notre nourriture pour 10 jours un tonneau d’eau et un baril de sardines salées.
Le 1er sept. 1941, après le rembarquement des commandos de Spiztberg, nous en repartions pour arriver à Glasgow le 10 sept. 1941. Transportés par train spécial à Londres, puis dirigés sur le camp français de Camberley, où le 10 sept. 1941, nous signions notre acte d’engagement dans les F.F.L. De GAULLE avait représenté jusque là la continuité des combats et par conséquent la libération de la France, ce qui allait dans mon sens, et je me suis donc porté volontaire pour la lutte. Le général De Gaulle lui-même nous remet la Médaille des évadés et la croix de guerre avec palme. Le camp de Camberley était composé de baraques en tôle dans lesquelles nous logions, un garage pour réparation et entretien, du matériel ramené de Norvège ou d’ailleurs, un seul char, quelques voitures et quelques motos. C’était ce qui servait pour l’instruction des nouveaux arrivants. Affecté au camp d’Old Dean, à l’escadron mixte dirigé par le capitaine BRANET, lui-même évadé par la Russie, je fus affecté au garage au titre de mécanicien (qui du reste était mon métier), puis envoyé en stage dans l’armée anglaise. Puis, canadienne pour me familiariser avec les différents matériels du 22 nov. 1942 au 9 fév. 1943. Je suis alors devenu instructeur au camp de Camberley, pour le court stage qu’effectuaient les nouveaux arrivants, avant d’être envoyés sur les lieux d’opérations. Malgré mes demandes, réitérées pour rejoindre l’Afrique, j’étais toujours là. Le 4 avril 1944, je débarquais à Oran où je fus récupéré par la 2ème D.B. en formation à Témara, et comme toujours au dépannage pour la 3ème Cie 501 RCC. Après un entraînement intensif, embarquement avec le matériel à Mers El-Kébir, le 21 mai 1944 pour la Grande Bretagne, et débarquèrent à Liverpool le 31 mai. Là, nous avons dû stationner à Huggate dans le Yorkshire. Le 23 juillet départ vers les ports d’embarquement de Plymouth pour débarquer le 1er août en Normandie. Notre barge avait 32 chars dans ses cales et 70 véhicules sur le pont. Au petit jour arrivé sur une plage d’Utah-Beach où en 20 minutes toute la cargaison est débarquée sous les bombes de quelques avions allemands, mais rien de grave car une tête de pont avait déjà été établie. Vers trois heures du matin nous subissons un bombardement, plus sérieux faisant des blessés et des morts. Le lendemain LA GRANDE BAGARRE COMMENCAIT, au début nous ne faisions pas de prisonniers mais afin de recueillir des renseignements le général donna ordre d’en ramener. La campagne de Normandie, est dure et sans cadeaux de part et d’autre jusqu’au jour ou il fallut « FONCER » sur Paris, puis ensuite sur l’Est en direction de Strasbourg. La 2ème D.B stationnant à Genouilly (Cher), part par voies ferrées sur le front de l’Est, où le serment de Koufra fut réalisé magistralement. Nous participons donc à la campagne de Normandie, à la libération de Paris et toute la campagne d’Alsace Lorraine du 8 sept. 44 au 28 fév. 1945. Nous traversons le Rhin sur le pont de bateaux établi par le génie et continuons sur Berchtesgaden le repaire d’Hitler durement défendu par les SS où nous pénétrons les premiers, découvrant d’interminables galeries, qui comme la caserne d’Ali Baba, étaient remplies de tout ce qu’il est possible d’imaginer. C’est là que nous apprîmes la capitulation allemande, se fut l’euphorie ! La guerre étant belle et bien finie et ayant le sentiment d’avoir accompli mon devoir. Je quittais la zone des armées de Strasbourg le 28 mai 1945, par le pont de Khel et arrivais à Villemanoche (Yonne) le 30 juillet où je me laissais démobilisé. Nous revenions en France et il faut bien l’avouer, avec une certaine nostalgie d’une vie à laquelle nous nous étions habitués depuis 1939 ! !
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